Les Jours où je n’existe pas

Un film de Jean-Charles Fitoussi

Programmation ACID
Cannes 2002

France - 2002 - 1h54 min - - 35mm

Sortie : 8 octobre 2003

Sélections et prix :
Grand Prix Festival de Belfort 2002
Scénario : Jean-Charles Fitoussi
Image : Céline Bozon, Thierry Taïeb et Aurélien Devaux
Son : Erwan Kerzanet
Montage : Pauline Gaillard


Avec :
Antoine Chappey

Le problème avec Antoine, c'est qu'il ne vit qu'un jour sur deux. Et voilà qu'il rencontre Clémentine, vivante à plein temps.


Depuis quelques années un nouveau genre de films a émergé : le recycloma. Le film de recycloma n’a pas de style, pas de point de vue, pas de regard, pas d’auteur. Le film de recycloma s’adresse à tout le monde, donc à personne. Le film de recycloma comme son nom l’indique, se doit de recycler le tout-venant audiovisuel. Pour lui, la salle de cinéma est un marchepied avant la diffusion télévisuelle. Il fait donc des clins d’œil à la télévision et intègre ses vedettes, ses blagues, son bruit, son rythme. Il reproduit les codes publicitaires, communique, investit fortement dans la promotion afin de multiplier ordres et commandements à consommer. Car le film de recycloma se consomme, puis s’oublie comme tout produit. Enfin, le film de recycloma a une durée de vie très brève qui lui impose d’être présent « totalement » durant son exploitation.

À l’écart du flux, du tout-venant visuel, quelques films de cinématographe se dressent. Les Jours où je n’existe pas fait partie de ces films. Voilà un film qui croit au cinématographe. Voilà un film qui croit au cinématographe avec style. Les Jours où je n’existe pas est lumineux, libre et rigoureux, léger et profond. Les Jours où je n’existe pas ne vend rien, c’est une énigme. Il est rare, donc précieux. Jean-Charles Fitoussi a su inventer un suspense métaphysique. On pense à Buñuel pour son implacable tenue de l’absurde, à Oliveira pour sa rigueur nonchalante et puis finalement, seulement à lui. Dès le premier plan, on est dans un monde. Un monde avec ses gestes, ses voix, ses corps, sa langue, sa lumière. Et lorsque l’on apprend qu’Antoine (Antoine Chappey), ne vit littéralement qu’un jour sur deux, on le croit. C’est dans la logique de ce monde-là. Et c’est d’autant plus plausible que nous-mêmes, nous connaissons des êtres qui sont morts sans avoir vécu un seul jour ! La mystérieuse condamnation d’Antoine charge forcément le regard qu’il porte sur le monde. L’intensité de chaque journée est démultipliée. La peur de disparaître redonne ainsi sa féerie au réel. La clarté, la cohérence des plans nous lave les yeux, si bien qu’au final, nous sommes allés au cinéma pour la première fois. N’est-ce pas cela que l’on recherche toujours, le sentiment de la première fois ?

Charles CASTELLA, cinéaste

Les Films


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Production

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