Manifeste Résister

Publié le 4 mai 2010

Résister : Manifeste des cinéastes en France

Pourquoi avons-nous besoin de tant d’histoires, de tant d’images ? Pourquoi ce désir d’être assis dans l’obscurité, de fixer l’écran où d’autres vivent, sans que nous puissions répondre à leurs paroles, nous mêler à leurs actes ? Pourquoi sommes-nous si sensibles à ces vies qui nous échappent ? Pourquoi rions-nous ? Pourquoi pleurons-nous ?

La réponse semble évidente : parce que le cinéma est un art.

Pourtant cette évidence est aujourd’hui violemment combattue, renvoyée au grenier poussiéreux des illusions, voire des utopies, niées par l’économie actuelle du cinéma. Aujourd’hui, l’essentiel des recettes se concentre sur de moins en moins de films (pour la plupart américains) capables, par leur puissance financière, d’occuper une partie si importante de la surface commerciale que tous les autres films - et au premier chef les films français - sont repoussés dans une périphérie géographique et économique leur interdisant, de fait, de rencontrer leur public. Aujourd’hui, la télévision, devenue un opérateur économique déterminant du cinéma, tend à lui appliquer ses propres critères et contribue à sinistrer la cinématographie française, se refusant à programmer les films dont elle juge l’audience en salles insuffisante. Où est aujourd’hui la liberté du créateur face à cette double censure - et pire à l’autocensure - de l’« audimat », du « prime-time » et du « ciné-chiffres » ? devons-nous nous résigner à ce que le film n’ait d’autre économie que celle de la télévision ou de la cassette vidéo ? Devons-nous nous résigner à accepter cette incohérence majeure d’un système, prêt à investir des sommes importantes dans la production de films qui, parfois dormiront longtemps dans les boîtes avant de sortir, parfois ne sortiront jamais. Il s’agit donc pour les cinéastes de résister, de ne pas se laisser imposer une morale qui n’est pas la leur : une morale qui ne pense qu’en termes de classement, de hiérarchie, d’exclusion, d’argent. Depuis toujours dans le cinéma français la marge et le centre sont intimement liés, indissociables. Toucher l’un, c’est atteindre l’autre. Henri Langlois avait fondé sa morale sur l’idée que « tous les films sont égaux ». Il n’en est pas d’autre qui vaille.

Il s’agit donc pour les cinéastes de résister. Résister en donnant une vraie chance à tous les films d’être vus.

Inventer de nouvelles politiques d’aide à la distribution : en créant un circuit souple, non conventionnel, qui s’appuierait sur les salles indépendantes qui ont fait la preuve de leur amour du cinéma. Ces salles existent encore, des films existent encore, ne manque que le maillon liant les uns aux autres. en effet les distributions indépendantes hésitent à mobiliser des sommes conséquentes sur un marché à si haut risque, et l’actuel mécanisme d’« Aide à la diffusion » du C.N.C est inadéquat et sans commune mesure avec la réalité des frais de sortie.

Aider les salles qui privilégient le cinéma français contemporain dont une partie des risques seraient pris en charge : l’ensemble de l’industrie audiovisuelle, les pouvoirs publics et les collectivités locales doivent être concernés par ce processus.

Créer un lieu qui rassemblerait des moyens de soutien à la diffusion du cinéma le plus fragile, un lieu où les auteurs pourraient se retrouver, brisant ainsi leur isolement et trouver, lorsqu’ils en ont besoin, aide et conseil.

Ouvrir à paris une salles qui serait à la fois une cinémathèque du cinéma français contemporain, une vitrine de ce cinéma, un lieu d’accueil, de rencontre et de documentation où public et cinéastes trouveraient matière à se découvrir, s’expliquer.

Réserver à la télévision un espace où - quelque soit l’horaire, la prise en compte ou non des « quotas » -, des films réputés difficiles, délicats, excentriques, trouveraient un public inattendu comme, en leur temps, « les livres de poche » firent découvrir de nombreux auteurs apparemment difficiles, délicats, excentriques. Oui résister, car c’est aux cinéastes qu’il appartient en premier de défendre leur art.

Novembre 1991

Alexandre Abadachian Paul Allio René Allio Richard Andry Frank Appredis Bertrand Arthuys Jean-Jacques Aublanc Gabriel Auer Maroun Bagdadi Patricia Bardon Xavier Beauvois Jean-Jacques Beineix Yannick Bellon Lucas Belvaux Laurent Bénégui Jean-Louis Benoît Georges Bensoussan Luc Béraud Pierre-François Bertrand Pierre Beuchot Jean-Claude Biette Catherine Binet Charles Bitsch Gérard Blain Allain Bonnot Claudine Bories Simone Boruchowicz Patrick Bouchitey Olivier Bourbeillon Serge Bourguignon Charlotte Brandstrom Patrick Brunie Joyce Bunuel Pierre Cardinal Paul Carpita Jean-Yves Carre Lebesque Frank Cassenti Gisèle Cavali Jacques Champreux Mehdi Charef François Chenay Laurent Chevalier Caroline Chomienne Magali Clément Bernard Cohn Francesca Comencini Jean-Louis Comolli Claude Confortes Alain Corneau Catherine Corsini Carlo Cotti Jean Couturier Dominique Crèvecoeur Edouardo De Gregorio Bernard Dartigues Malgosia Debowska Paula Delsol Stéphanie de Mareuil Richard Dindo Paul Dopff Jacques Dorfmann Robert Dray Jean Dreville Stéphane Drouot Danielle Dubroux Maurice Dugowson Georges Dumoulin Françoise Ebrard Robert Enrico Philomène Esposito Anne-Marie Étienne Maurice Failevic Joël Farges Bernard Favre Katleen Fonmarty Serge Friedman Samuel Fuller Claude-Timon Gaignaire Jean-Pierre Gallèpe Jean-François Gallotte Tony Gatlif Guy Gilles René Gilson Bernard Giraudeau Pierre William Glenn Michka Gorki Denys Granier-Deferre Robert Guédiguian Francis de Gueltzl Jean-Claude Guiguet Claudine Guilmain Henri Herré Med Hondo Jean-Loup Hubert Éric Le Hung Pierre Jallaud Patrick Jamain Sébastien Japrisot Cédric Kahn Daniel Kamwa Pascal Kane Jacques Kébadian Mama Keita Maria Koleva Robert Kramer Gérard Krawczyk Jeanne Labrune Daniel Lacambre Jean-Patrick Lebel Jean-Louis Leconte Geneviève Lefebvre Christian Le Hemonet Gilles Lekvern Maryse Léon Garcia Serge Le Peron Serge Leroy Hervé Lièvre Jean-Hugues Lime Marceline Loridan Édouard Luntz Sylvain Madigan Jean Marbœuf Michel Mardore Bernard Martino Tonie Marshall Alain Mazars Pomme Meffre Michel Mitrani Joseph Morder Gérard Mordillat Luc Moullet Pascal Ortega Jean-François Ossang Claude Othnin-Girard Emilio Pacull Emmanuel Parraud Monique Perez Michael Perrotta Nicolas Philibert Marco Pico José Pinheiro Manuel Poirier Gérard Poitou Jean-Daniel Pollet Catherine Pozzo Di Borgo Pierre Pradinas Sabine Prenczina Bernard Queysanne François Raoul Duval Alain Raoust Jean-Michel Ribes Jacques Richard Pierre Rival Alain Roback Michèle Rollin Brigitte Rouan Jean-Pierre Rouette Serge Roullet Philippe Roussel Jacques Rozier Ernest Russel Jocelyne Saab Manuel Sanchez Jean Schmidt Edmond Séchan Abraham Segal Jean-Pierre Sentier Joël Séria Charlotte Silvera Jean-Daniel Simon Sacha Stanojevik Jean-Charles Tacchella Alain Tanner Bertrand Tavernier Jean-Pierre Thorn Marie-Claude Treilhou Jean Valère Jaco Van Dormael Bertrand Van Effenterre Daniel Vigne Jacques Vigoureux François Villiers Claude Weisz Eric Woreth Luc Woutters Massoud Zelli Christian Zerbid Pierre Zucca

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Présentation

QUI SOMMES-NOUS ?
L’ACID est une association de cinéastes engagés depuis 1992 pour l’accès de tous à la pluralité des formes d’écriture. Par son soutien à la diffusion du cinéma indépendant, elle participe toute l’année à la rencontre entre des films, leurs auteurs et les publics. La chaîne de solidarité qu’elle construit depuis 25 ans vient renforcer son idée fondatrice : le soutien par des cinéastes de films d’autres cinéastes, en France et à l’international.

COMMENT ?
Chaque année, l’ACID accompagne entre 20 et 30 longs métrages, fictions et documentaires, et travaille à leur diffusion avec :

les salles de cinéma
L’ACID a pour objectif d’accroître l’exposition des films dans la durée, afin de favoriser l’accès de tous aux œuvres. En étroite collaboration avec les distributeurs, elle promeut les films soutenus et les programme dans son réseau de 350 salles indépendantes partenaires. Dans un souci de formation et de diversification des publics, l’ACID initie chaque année près de 400 rencontres, masterclass ou ciné-concerts.

les festivals et les universités en France et à l’international
L’ACID propose les films soutenus aux programmateurs d’une centaine de festivals dans plus de 40 pays et à de nombreux partenaires universitaires et culturels. Ces échanges internationaux permettent le repérage et l’accès à des films souvent sans distributeur ni vendeur ainsi que le déplacement des cinéastes pour une centaine de rencontres annuelles.

les publics
L’ACID anime un réseau national de spectateurs relais et se fait le partenaire régulier de rectorats, lycées, universités ou associations pour l’organisation de projections scolaires, d’ateliers en centre de vacances ou en milieu carcéral. Elle édite des documents pédagogiques pour chacun des films soutenus.

L’ENGAGEMENT
L’association est un lieu de partage collectif, de réflexion et de solidarité où se rencontrent des cinéastes de tous âges et de tous horizons. Luttant depuis sa création pour réduire les inégalités d’exposition des films, l’ACID émet tout au long de l’année des propositions pour améliorer la diffusion des œuvres. Elle siège entre autres au Bureau de Liaison des Organisations du Cinéma (BLOC) et dans les commissions de classement des salles Art & Essai.

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