« Mercuriales », un film d’une vraie puissance d’évocation

Publié le 11 juin 2014

Avec le moyen-métrage Orléans, Virgil Vernier avait créé un climat étrange, où le documentaire le disputait à l’onirisme. Mercuriales, son premier long, est tout aussi fascinant. A découvrir absolument.

Note de la rédaction : ★★★★★

Orléans possédait une force d’OVNI, petit film condensant à merveille divers enchantements et désenchantements urbains. Cet impact, Mercuriales le répercute, avec encore plus de puissance. Le thème est le même : deux jeunes filles, dans une ville sans âme, cherchent une issue. Jeune Française, Joanne (le même prénom que dans Orléans) se rêve en danseuse, sans jamais avoir pris de cours. Jeune Moldave, Lisa sait déjà que les rêves se réalisent rarement. Sa cousine, d’ailleurs, est venue en France pour y disparaître. Joanne et Lisa se rencontrent dans les tours Mercuriales, où elles sont hôtesses, et se lient naturellement.

Dès le premier plan, Virgil Vernier nous introduit dans ces tours Mercuriales, froides, imposantes : sur un mode presque documentaire, nous suivons un jeune employé des Tours, à qui l’on explique sa mission. La largeur des escaliers, les issues de secours, les gestes à avoir en cas d’intrusion dans la tour, les signaux, les caméras de contrôle, tous ces paramètres nous sont ainsi détaillés. Ironiquement, les entrées de ces Tours du Levant et du Ponant ont reçu en baptême de beaux noms de la mythologie : Apollon, Vénus, Bacchus, Déméter… Mais comment réenchanter ces lieux vides et tristes ? L’amitié fusionnelle de Joanne et Lisa leur permet, momentanément, de fuir la réalité. L’onirisme, moins ouvertement présent que dans Orléans (où les festivités autour de Jeanne d’Arc irriguaient tout le film), est distillé par touches étranges : une vieille légende de Carnaval, quelques évocations, un face à face avec une chouette effraie.

Dans un cul-de-sac, Joanne et Lisa se heurtent à leurs angoisses. L’amour ? L’une de leurs amies, une jeune femme noire déjà mère d’une adorable fillette de neuf ans, semble l’avoir retrouvé. Quant à elles, à vingt ans, elles rêvent plus d’un lieu idyllique que d’un homme. Pour Lisa la Moldave, les Mercuriales étaient déjà un ailleurs, une certaine aventure. Mais Joanne est d’ici, elle n’a aucun autre lieu à regretter. Tout au plus une petite maison de campagne, dans l’Est de la France.

L’ACID sélectionne de très beaux films (on y avait découvert La vie au ranch de Sophie Letourneur ou La Bataille de Solferino de Justine Triet). Mercuriales est un film parfaitement tenu, d’une beauté glaçante et irradiante, très émouvant.

Virgil Vernier parvient avec force à restituer cette cartographie des rêves perdus, à l’ombre de deux Tours sans vie. Surtout, ce film ne ressemble à rien de connu dans le paysage cinématographique, le style de Virgil Vernier est vraiment personnel.

Olivia Leboyer, Toute La Culture

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