Noor, de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Publié le 4 juin 2012

Sans contrefaçon, Noor est un garçon. Du moins, elle aimerait le devenir. Et dans un village du Pakistan, être transgenre, ce n’est pas ce qui vous rend extrêmement populaire. Noor a plus d’un souci dans sa vie, en plus de la quête de son identité sexuelle. Un père mort d’une overdose, un petit boulot harassant, un(e) ex devenu(e) femme qui tente de le/la faire changer d’avis dans sa course au pénis, une barbe qui ne pousse pas malgré bien des remèdes de charlatan, une petite amie qui préfère finalement se marier avec un homme, un vrai. Et en plus, Noor ressemble à Zazie. C’est dire. Alors Noor ne perd pas le nord et s’enfuit, dès que l’occasion se présente, dans un camion volé, à la recherche d’un lac vertueux peuplé de fées qui aurait le pouvoir, dit-on dans la tradition, d’exaucer tous les vœux, même celui d’avoir de la barbe et de la moustache. Evidemment, le lac est difficilement trouvable et Noor n’est pas au bout de ses surprises, de rencontres inattendues en flash-back douloureux, de danses en transe en rêves étranges, pendant son voyage initiatique. Un voyage onirique qui prend des allures de documentaire, tant les réalisateurs aiment nous faire perdre nos repères. Car Noor est interprété(e) par… Noor. Et au début du film il/elle s’adresse directement à la caméra pour nous confier son douloureux secret et sa quête : trouver une femme qui saura l’aimer. Mais qu’importe le flacon, puisque l’ivresse arrive dans des scènes à la beauté qui coupe le souffle. Le Pakistan s’offre à nous version montagnes enneigées au lointain et campagnes touffues, meublant ainsi les silences inéluctables à tout bon road movie. Si certains seconds rôles forcent un peu le trait, rien n’emporte la force de conviction de Noor, véritable bloc monolithique qui évacue ses émotions (c’est bon pour les gonzesses) dans son espoir de voir sa barbe pousser un jour, condition sine qua non pour se marier selon lui/elle. La fin, splendide de simplicité, achève le voyage sous des allures de pureté et garçon ou fille, finalement, plus rien ne compte si ce n’est la vie. Finalement, ce lac est peut-être magique. On va y faire un tour ?

Julien Wagner - GRAND ECART

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