« Noor » de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Publié le 8 juin 2012

Changement d’horizon avec Noor. Je dois avouer que je ne connaissais pas l’existence des Khusra. Un film de la programmation de l’Acid, Noor, réalisé par Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, m’en a révélé l’existence. Les Khusra sont au Pakistan une communauté de transgenres, qui regroupe des personnes qui ont changé de sexe ou qui ont un sexe indéterminé ainsi que des hommes à l’allure féminine. Ils sont généralement danseurs, à la manière Bollywood, remplaçant dans cette activité les femmes qui en sont exclues pour raison religieuse.

Noor, le personnage éponyme et quasi unique du film, a récemment quitté la communauté des Khusra pour une raison qu’on n’apprendra qu’à la fin. Il a décidé d’être un homme. Mais son problème va au-delà de l’affirmation de cette identité – même s’il aimerait, grâce à une crème miraculeuse, cesser d’être imberbe et voir moustache et barbe pousser. Il rêve de trouver la femme avec laquelle il pourrait fonder une famille. Désir de normalité, dirait-on en Occident, mais dans sa situation, c’est le désir le plus extravagant qui soit. Soif de bonheur partagé surtout et de sérénité, dont la promesse lui est délivrée par un vieux sage, mi-philosophe mi-baratineur (l’idée de la crème, c’est lui).

L’essentiel du film repose sur Noor, qui interprète son propre rôle ; sur son visage doux, mélancolique et décidé ; sur son côté lunaire que contrebalancent quelques traits fantasques. Mais Noor n’est pas à proprement parlé un portrait documentaire. Le film prend des allures de road movie souvent contemplatif quand Noor se retrouve au volant d’un camion décoré aux couleurs locales, rose, jaune et rouge vifs, et qu’il traverse ainsi le pays, à la recherche d’un rêve, qui survient parfois par surprise. Il y a aussi quelque chose du conte sans pittoresque et du récit d’apprentissage, hors tout volontarisme de la part des réalisateurs, dont on sent surtout la tendresse du regard sur leur personnage. Noor, film attachant, doucement enchanteur, suggère, sans ostentation, ce qu’est « un homme un vrai ».

Extrait de l’article

Christophe Kantcheff - POLITIS

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