Nous avons les mains rouges - Room 514

Publié le 22 mai 2012

Huis clos entre quelques personnages de l’armée israélienne, Room 514 installe un climat complexe et met en scène l’érosion des certitudes de sa protagoniste. La caméra est braquée sur elle et le film entièrement focalisé sur son point de vue. Il se construit habilement autour d’une enquête de la police militaire, en même temps qu’est déconstruite l’assurance de la jeune enquêtrice.

Il reste quelques semaines à Anna avant qu’elle ne quitte l’armée israélienne. C’est par conviction et principe que la jeune femme décide de mener à bien une enquête, qui implique plusieurs soldats accusés de violence sur un Palestinien dans les territoires occupés. Dans la room 514, elle interroge et accuse un commandant que, déterminée et sûre de son pouvoir, elle pousse dans ses retranchements confrontation après confrontation.

Toute l’habileté du dispositif mis en œuvre par Sharon Bar-Ziv tient à l’absolu confinement qu’il met en scène : un confinement moins spatial (même si l’unité de lieu est quasiment adoptée) que factuel, puisque la caméra et le film collent à la protagoniste Anna et à son point de vue, dont ils ne se séparent jamais. Tout ce que le spectateur voit, il le découvre avec le personnage qui mène l’enquête et interroge. Les faits dont il est question, ceux sur lesquels elle enquête comme ceux qu’elle provoque malgré elle, sont laissés dans le hors-champ du film et planent sur la fiction comme une inquiétude de plomb.

En ce sens, Room 514 réussit à échapper à la pesanteur du dispositif qu’il met en place : parce que ce hors-champ de l’intrigue, essentiel à son développement, n’est jamais donné pour acquis et se déploie peu à peu, à mesure que la fiction avance et que les interrogatoires d’Anna sont menés. C’est la parole seule qui est investie de ce pouvoir de faire basculer l’action. L’autre astuce de Sharon Bar-Ziv, c’est celle qui consiste à faire alterner voire à mêler à cette enquête les rencontres amoureuses entre la jeune femme et son supérieur et amant Erez, dans une pièce qu’on imagine contiguë à celle des interrogatoires. Là, les confrontations sont les mêmes : verbales autant que physiques, elles rejettent hors du champ le dilemme moral des personnages – puisque Erez est sur le point de se marier avec une autre. Et quand celle-ci apparaît, la danse est une fois de plus subtilement menée par Anna.

La focalisation sur la protagoniste, le traitement nerveux des scènes de confrontation (peu de contre-champs dans les dialogues, quel que soit le personnage filmé) permettent de dessiner un tempérament intéressant : un personnage fort et plein d’humour. La vigueur, la tension qui parcourent le film sont avant tout celles de son beau personnage principal : une jeune femme déterminée, sûre de bien agir mais qui, dans un contexte à mille lieues du manichéisme des vieux films en noir et blanc qu’elle apprécie, finit par perdre pied. Les laborieuses séquences en noir et blanc – précisément ! – qui cherchent à rendre compte des doutes d’Anna ne sont qu’une petite ombre, qui ne suffit pas à effacer l’intéressante représentation des fluctuations de l’autorité, des interrogations morales et politiques du personnage.

Marianne Fernandez - CRITIKAT.FR

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