Ô heureux jours ! de Dominique Cabrera

Publié le 17 juin 2013

Dominique Cabrera filme sa vie quotidienne, ses proches, ses parents, sans presque discontinuer. Parfois, elle réalise à partir de ces images un film. Demain et encore demain, en 1995, a fait ainsi figure d’un des premiers « journaux intimes filmés » qui sont apparus avec les petites caméras DV, là où on utilisait auparavant le super 8. Ô heureux jours !, que Dominique Cabrera présente aujourd’hui à l’ACID, n’est pas précisément une suite du film précédent.

Ô heureux jours ! demande de la patience. Pour qui n’est pas passionné par les petits riens de la vie de famille, l’arrivée de nouveaux nés – pour sa sœur cadette –, les allers-retours en avion d’un frère et de sa parentèle installés aux Etats-Unis, ou les réveillons de Noël, il se peut qu’une légère perplexité gagne dans un premier temps le spectateur. C’est que quelque chose s’installe : la représentation d’un certain bonheur. Les « heureux jours » d’être ensemble. De prendre, par exemple, le soleil du matin sur une terrasse à Marseille où les parents habitent.

Pourtant, les nuits, souvent, sont blanches. La cinéaste se filme alors devant le miroir de la salle de bain, confessant une peur, une angoisse. On apprend que l’insomnie est plus ou moins héréditaire chez les Cabrera. Mais, peut-être, n’y a-t-il pas que cela.

N’est-ce pas cette énigme qui taraude, celle de la naissance de sa mère ? De parents inconnus, en Algérie. Celle-ci ne souhaite pas y retourner, ou bien, dit-elle en souriant, il faudrait que ce retour se fasse « fortuitement ». Alors ses deux filles, Dominique et sa sœur, mènent l’enquête, pour tenter de dissiper ce mystère. Elles se rendent à Oran, cherchent dans les registres de l’état civil, de la maternité. Les filles rendent compte par téléphone de l’avancée de leur quête, lui posent encore des questions. Enfin, elles découvrent que le bébé a été abandonné sur la voie publique. La sœur cadette s’effondre en larmes. La violence de cette situation la percute. « C’est la pire des manières pour commencer son existence », dit-elle. Et pourtant, les deux femmes s’accordent pour dire que leur mère a su créer les conditions du bonheur, trouver le chemin qui pouvait y mener.

Le bonheur : le titre ne ment pas. Il est bien au centre du film. Mais aussi ce qui radicalement le menace avec le temps qui passe, le vieillissement qui vient. Dès lors, les moments de joie familiale du début prennent tout leur relief. Ces « heureux jours » ont existé, même s’ils étaient finalement précaires, volatiles : Dominique Cabrera en détient une preuve. C’est pourquoi elle filme sans relâche, en se plaçant parfois un peu de côté, tout en restant partie prenante. Ces images attestent de ce qu’elle a éprouvé. La fragilité de la présence, et le puits sans fond de la perte. O heureux jours !, film intimiste et universel.

Christophe Kantcheff

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr