Parole et utopie • Mercuriales

Publié le 12 juin 2014

« Cette histoire se passe en des temps reculés, des temps de violence. Partout à travers l’Europe une sorte de guerre se propageait. Dans une ville il y avait deux sœurs qui vivaient… »


Note FilmDeCulte : 5/6

Remarqué avec le documentaire Commissariat qu’il a co-réalisé aux côtés d’Ilan Klipper, Virgil Vernier avait commencé à brouiller les pistes avec Orléans, son précédent film. Fiction et documentaire s’y mêlaient de façon dédramatisée jusqu’à former un puzzle aux allures d’ovni. Le titre Orléans était simple et concret, il y avait pourtant dans le film un mystère entre le quotidien de jeunes filles à Orléans et le merveilleux qui s’invite tel un fantôme de Jeanne d’arc. Mercuriales fait le chemin inverse avec un titre mystérieux qui désigne en fait deux grosses tours, lourdes, solides et ancrées dans le sol : des immeubles en banlieue parisienne. On a connu décor plus romantique ? Vernier en fait au contraire son terrain de jeu propice aux fantasmes.

Commissariat comme Orléans nous poussaient à nous questionner sur ce qu’on voit. Mercuriales est tout aussi ludique, stimulant et excitant. Le grain de l’image, la bande son 80’s, l’absence d’installation : dès le départ, Mercuriales désarçonne. Où sommes-nous ? Qui sont ces personnages ? Que font-ils ? A quel genre appartient ce film ? Pour ceux qui aiment voir quelque chose de différent, Mercuriales est un bonheur. Le grand écart entre le morne réalisme (banlieue, tour d’immeuble, petits boulots) et le sens du romanesque de Vernier a quelque chose d’exaltant. Les tours au loin semblent être des châteaux forts, les légendes urbaines parlent de sorcières et de chiens envahissant la ville pour dévorer les clochards. Ce qui ne semble être qu’une vue de l’esprit contamine l’image : on fait des invocations mystiques face caméra, on y voit des rêves de chaos dans la ville et de rivières en sang. La moindre balade dans un cimetière à chiens devient propice à l’étrange et à l’ailleurs. Le tout dans le décor le moins exotique qui soit.

Si Orléans nous avait évoqué de temps à autres les Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, c’est le fantôme d’un autre Rohmer qui semble convoqué ici avec ce décor rétrofuturiste des Mercuriales (du vieux moderne daté et hors du temps), qui rappelle la banlieue de L’Ami de mon amie. Avec Mercuriales, on ne sait jamais vraiment où on habite. Le quotidien manquerait-il de poésie ? Le réalisme magique de Vernier en regorge, et pourtant il n’y a jamais rien d’extraordinaire à l’écran... ou presque. Vernier comme dans ses précédents films questionne le point de vue. Qu’est-ce qu’on voit, au juste ? Des grues qui démolissent du béton ? Ou un ancien palais détruit par des monstres échappés d’un kaiju eiga ?

Nicolas Bardot, Filmdeculte.com

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