Péché Véniel...Péché mortel...

Un film de Pomme Meffre

Programmation ACID
Cannes 1994

France - 1994 - 75 min - Couleur - 35mm

Sortie : 1er janvier 1994

Scénario : Pomme Meffre
Image : Guy Chabanis
Son : Pasacl Ribier
Montage : Françoise Garnaud
Musique : Jean-Pierre Stora, Georges Rabol

Avec :
Jean Laroquette, Nini Crepon, Charlotte François, Philippe Adrien, Anny Romand

Nous sommes en 1946. Dans son journal intime, Céline, 11 ans, décrit la vie chez sa grand-mère, à la campagne. Au milieu des jeux innocents de son enfance, le coiffeur du village, un homme séduisant de 50 ans, lui fait découvrir sa sexualité. Elle vit avec la même candeur, la même perversité, la même cruauté, les jeux innocents de l'enfance et les caresses défendues du coiffeur sans aucun sentiment de culpabilité. Péché véniel… Péché mortel…décrit cette mythologie de l'après-guerre où la jeunesse prend sa revanche sur les années d'occupation et de privations, où aucun interdit ne semble pouvoir entraver le plaisir de vivre. C'est un film sur l'éveil sexuel de chacun de nous, sur ce passage de l'enfant à l'adulte, cette métamorphose intérieure, définitive, invisible qui ici a trouvé ses images.


C’est une voix enfantine qui part en guerre, mais ce n’est pas une voix d’enfant. C’est une voix d’écriture que l’enfance appelle et tord sur un cahier oublié. Qu’elle bouleverse mot à mot. C’est un spectre petite fille dont le journal du 1er juillet au 31 août est un journal d’amour et de mort.
Car, cette voix qui nous parle, n’est pas une voix innocente. C’est tout au contraire, dans sa puissance percutante, l’enfant lucide qui attaque, brise et défait les faux-semblants de l’état adulte. L’ordre hypocrite du silence où se taire c’est être sage ; où souffrir est un devoir, une vertu ; où les mots servent de cache-pot, voire de cache-misère à l’ordinaire des grands, « la vie  » comme ils disent.
Cette voix enfantine cherche à nous perdre ; et elle nous perd et jouit de notre perte. Mais cette jouissance n’est ni obscène, ni impudique. C’est la jouissance du vrai. Ce paradis perdu où nous reconnaissons notre propre voix en résonance ; notre voix d’avant la morale.
Chaque mot donc, ici, fait scandale. Scandale de dire l’interdit. Scandale d’en jouir ligne à ligne, page à page.
Double scandale : Péché véniel… Péché mortel… est un livre, c’est un film aussi. Ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est l’un et l’autre s’éclairant de feux réciproques ; comme dans l’atelier d’un peintre se rencontrent parfois deux toiles d’après le même modèle. Chacune d’elle exposant sa vérité, sa perspective, sa couleur. Chacune d’elle unique en son genre et pourtant sœur, mère, fille et amante de l’autre, sans qu’il soit possible de dénouer les liens secrets qui les unissent. Sans qu’il soit possible d’obturer l’un des deux miroirs en vis-à-vis. Ce piège, ce jeu vertigineux de l’infinie ressemblance.
Livre/film, Péché véniel… Péché mortel…
Ecrire c’est pécher
Filmer c’est pécher
L’art n’est que chaleur, brûlure, enfer…
La Nuit du chasseur, le roman de Davis Grubb, dont Charles Laughton tira un film légendaire, porte en exergue ces deux vers de John Donne :
« Pardonnez-vous ce péché qui par ma faute en a entraîné d’autres à pécher ?
Et fait de mon péché la porte de leur salut ?
 »
Leur écho se répercute ici, de façon brutale, stupéfiante. Car outre la double gémellité livre/film, l’usage commun d’une comptine comme conscience du récit, c’est bien, à travers le temps, la même voix qui semble compatir à la sexualité déniée de l’enfant, à sa conscience contrainte, qui semble étreindre un corps qu’on voudrait réduire aux fonctions corporelles.
L’immoral n’est pas que la fillette de Péché véniel… Péché mortel… s’offre à plaisir aux attouchements d’un homme, mais qu’elle le dise. Qu’elle proclame ce crime comme un bonheur. Qu’elle se découvre ventre à nu, cul à l’air, non comme une victime de la honte, mais comme étendard de vérité.
Mais quelle est cette voix qui nous refuse son pardon ? Est-ce la voix de Pomme Meffre dont les initiales sont celles de Péché Mortel ? Où est-ce la voix de toutes les enfances qui font leur cinéma ?

Gérard MORDILLAT, cinéaste

Les Films


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