Projecteur sur « New Territories », une histoire de fantôme chinois...

Publié le 27 mai 2014

Nous avons eu l’occasion de voir le passionnant premier long-métrage de Fabianny Deschamps, New Territories, avant sa projection à Cannes dans le cadre de l’Acid. L’occasion aussi de découvrir une réalisatrice avec un univers bien à elle.



Sur le papier, New Territories inquiète. Parce qu’il s’agit d’un premier film, à la fois un drame féminin et une histoire fantastique, raconté quasi intégralement en voix-off (et en cantonais s’il vous plait) avec un traitement quasi expérimental. Forcément, dit comme ça...



Pourtant, les premières images balayent immédiatement les craintes et autres préjugés. New Territories est un film « autre », envoûtant, une vraie expérience. En narrant la rencontre improbable d’une chinoise, qui cherche à s’enfuir de son village pour retrouver son futur époux dans les Nouveaux Territoires, et d’Eve, femme d’affaire française solitaire venue à Hong-Kong pour vendre un nouveau système de traitement des cadavres (l’inhumation étant interdite en Chine, elle propose une alternative à la crémation, l’Aquamation) la réalisatrice Fabianny Deschamps nous invite avant tout à un voyage aux confins de la réalité, dans cet espace fragile qui la sépare du fantastique, là où les esprits et les vivants co-existent pour le meilleur et pour le pire.



Accompagnée d’un chef-opérateur en béton armé qui nous offre de magnifiques images (qu’on a du mal à croire ne provenir que d’un « simple » 5D), Fabianny Deschamps pense son cinéma avant tout sous un angle sensitif, une succession d’images que la voix-off et l’excellente partition d’Olaf Hund complèteront et densifieront. Des images prises à la volée, en mode guérilla, dans une démarche qui force le respect.



On peut également saluer le travail de la comédienne Eve Bitoun, totalement dévouée dans un rôle condamné à l’intériorisation, la névrose, le décalage, la fragmentation, convaincante et touchante dans le drame qu’elle vit. Mentionnons aussi Yilin Yang qui, bien qu’elle ne soit présente qu’en voix-off dans le rôle de la paysanne chinoise, fait montre d’un charisme indéniable et happe totalement le spectateur pour lui faire vivre son histoire sur une corde émotionnelle et sensuelle. Ce procédé, pourtant très casse-gueule, fonctionne à notre plus grand étonnement et il faut bien avouer qu’on se laisse guider avec plaisir par la conteuse à mesure que l’histoire s’enfonce dans des ténèbres attendues, mais diablement efficaces.

Car, il faut bien le reconnaître, New Territories comporte son lot de défauts. Tout d’abord, effectivement un manque de moyens évidents qui ne rend pas toujours justice aux magnifiques plans et idées de la réalisatrice, un problème de rythme et de ruptures de ton qui peuvent déconcerter et faire sortir le spectateur du trip. De toute façon, New Territories, par la manière dont il a été pensé, ne plaira pas à tout le monde. On pencherait pour du 50/50 tant son parti-pris audacieux exige du spectateur qu’il s’abandonne totalement au spectacle qu’on lui propose.



Pour nous, ça a été le cas. New Territories est un film extrêmement fort et très prometteur pour la carrière de Fabianny Deschamps. Un film onirique, envoûtant, magnétique, émouvant, aux antipodes de ce que l’on voit habituellement. New Territories se place à la limite du genre, l’embrasse franchement sur la fin mais ne s’en contente jamais. Privilégiant le fond social et humain et l’approche expérimentale aux codes en vigueur, il nous fait nous dire que, l’air de rien, ce film est peut-être la preuve qu’un cinéma de genre français est possible. Loin des canons américains, loin des pères spirituels que sont Romero, Argento et Carpenter dans la forme, loin de toute posture geek, privilégiant une identité propre à elle-même dont pas mal de gens devraient s’inspirer.



New Territories sera projeté à Cannes dans le cadre de l’Acid les 19 et 23 mai prochains. Si vous êtes sur place, n’hésitez pas.



Christophe Foltzer, ECRANLARGE.COM

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