« Qui vive », l’approche banlieue

Publié le 17 mai 2014

Portrait tranchant de la France des cités, avec un Reda Kateb irradiant.


Avoir réalisé une édition 2013 remarquée n’a pas uniquement conféré à l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) un supplément de prestige critique. Cela lui a aussi apporté un regain d’intérêt du public, qui s’est concrétisé par une affluence record vendredi à l’ouverture de la saison Acid 2014.

Taciturne. Le choix risqué d’ouvrir les hostilités avec le premier long métrage d’une inconnue et que ne précédait aucune rumeur pourrait se révéler une nouvelle fois payant : Qui vive, mis en scène et coécrit par Marianne Tardieu, n’est pas un film grande gueule, mais il sonne juste et fort. La pauvreté et la détresse de l’expression « film de banlieue » ne suffisent pas à le décrire, même si c’est autour de cette question sociologique que Qui vive est construit.

Il nous attache aux basques de Chérif, beau brun taciturne d’une trentaine d’années, qui croûte en tant qu’agent de sécurité dans un centre commercial en attendant de décrocher le diplôme d’infirmier dont il rêve. Des petits cons issus des cités alentour l’emmerdent chaque jour et, craignant que leurs provocations ne pourrissent son emploi, Chérif finit par accepter de les rencarder sur une juteuse livraison, en échange de la paix définitive sur le terrain. Au jour dit, les événements dérapent…

Héliocentré. Marianne Tardieu ne perd pas de temps : Qui vive avance à un train vif et régulier, plaçant ses personnages avec une sûreté tranchante, et filant la mise en scène dans une légèreté de forme qui contraste avec la noirceur apparente du propos.

Mais l’essence de celui-ci est ambivalente : est-ce vraiment une étude de nature sociale et y a-t-il là derrière un discours politique, culturel ? Prenons le parti que non.

Certes, la cinéaste exerce sur la France moderne et celle des quartiers difficiles un regard sans ambiguïté, et son histoire exprime nécessairement une réalité politique des choses. Mais un rhizome plus radical semble courir sous Qui vive. Malgré les bretelles policière ou sentimentale qu’elle fait mine d’embrancher sur le cours central de son récit, c’est à ce dernier que la cinéaste s’intéresse réellement : le portrait d’un homme d’aujourd’hui.

Le casting millimétré dit aussi quelque chose sur la sûreté de cette réalisatrice débutante : le patron Serge Renko, le flic Alexis Loret et la jolie fille qui plaît à Rachid, Adèle Exarchopoulos, tous sur le pont. Mais c’est vers le magnifique héroïsme tamisé de Reda Kateb, pratiquement de tous les plans, que le film est héliocentré. On dirait un Michel Simon qui serait splendide ! Son magnétisme personnel a hissé l’acteur hors du piège générationnel et des castings paresseux ; avec Qui vive, il a trouvé le film qui savait faire son éloge mérité.

Olivier Séguret, LIBERATION

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr