Quoi de neuf dans les mondes parallèles ?

Publié le 4 juin 2012

C’était l’année de la remise à zéro des compteurs pour les sections parallèles, où deux nouveaux venus ont pris les rênes de la direction artistique. Installation d’Edouard Waintrop à la Quinzaine des réalisateurs, de Charles Tesson à la Semaine de la critique. Deux ex-critiques de cinéma qui ont prouvé leur compétence (à Libération pour le premier, aux Cahiers du cinéma pour le second). Mission accomplie, pour l’un comme pour l’autre.

Côté Quinzaine, Edouard Waintrop a concocté une programmation joyeuse et festive, dominée par des comédies de belle tenue. Sur les six qui étaient programmées (soit près d’un tiers du total), cinq sont de vraies réussites, à commencer par Adieu Berthe, de Bruno Podalydès, et Camille redouble, de Noémie Lvovsky. Ces deux films très personnels, comme il s’en explique, l’avaient séduit très en amont. L’idée de donner une telle visibilité à ce genre méprisé des sélectionneurs de festivals est venue dans un deuxième temps, pour marquer le coup. « J’ai voulu montrer la comédie dans tous ces états. Mais ce n’était pas une idée a priori. Les films me l’ont imposé. »

Parmi eux, The We and the I, de Michel Gondry, est une tentative pour concilier une approche quasi documentaire avec le cadre strictement codifié du teen movie ; Ernest et Célestine est un ravissant film d’animation belge signée Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier ; et 3, une comédie parfois grave, parfois musicale, toujours bizarre, réalisée par l’Uruguayen Pablo Stoll Ward.

Renversant

Mais il n’y avait pas que des comédies à la Quinzaine. No, de Pablo Larrain, fut le film le plus renversant de la sélection, un grand film politique, complètement fou, sur la destination par les urnes du général Pinochet. Autre belle surprise, Rengaine révéla un nouvel auteur libre et fougueux, Rachid Djaïdani, qui repart de Cannes avec le prix de la Fipresci.

Citons encore Une famille respectable, de Massoud Bakhshi, passionnant polar politique dans l’Iran d’aujourd’hui. Une poignée de films tenait une ligne plus discrète, moins spectaculaire, mais ceux-ci ont donné à voir de beaux moments de cinéma : Fogo, de Yulene Olaizola, La Sirga, de William Vega, Room 237, de Rodney Ascher, le très beau Rêve et silence, de Jaime Rosales, et La Noche de enfrente, fragile dernier film de Raoul Ruiz, décédé en 2011, dont l’étrangeté vous gagne tout en douceur.

N’oublions pas Gangs of Wasseypur, d’Anurag Kashyap, sorte de Scarface indien fauché, non dénué d’autodérision ni d’ambition, qui se décline pendant cinq heures et vingt minutes sur une période qui court de l’indépendance de l’Inde jusqu’à nos jours. Il y avait bien des ratages, mais ils se perdaient dans un bel ordonnancement. Tout l’art du directeur artistique est là, dans la manière de créer des attentes et d’y répondre dans le même mouvement. La réussite de la Quinzaine 2012 se mesure à cette aune.

Du côté de la Semaine, trop longtemps confondue avec la belle endormie du Festival, Charles Tesson devait tenter de ne pas décevoir la spectaculaire envolée de l’édition 2011. La sélection (sept longs métrages en compétition, six en séances spéciales) s’en sort avec les honneurs, dominée de la tête et des épaules par deux films hispaniques : Aqui y alla, de l’Espagnol Antonio Mendez Esparza, fiction documentée tournée au Mexique, et Los Salvajes, de l’Argentin Alejandro Fadel, western contemplatif et sauvage de la pampa.

Elle aura également permis de révéler deux jeunes auteurs venus de cinématographies rares, l’Indien Vasan Bala, et son polar urbain Peddlers, ainsi que le Bulgare Ilian Metev, et son documentaire hallucinant sur le (dys)fonctionnement des urgences médicales de son pays, Sofia’s Last Ambulance.

On ne saurait terminer ce tour d’horizon des sections parallèles sans mentionner l’ACID, que son affranchissement des règles cannoises (pas d’exigence de primeur ni d’exclusivité dans le choix des films) n’empêche pas de jouer sa carte dans le soutien à des films non encore distribués. Des œuvres aussi fragiles et séduisantes que Sharqiya, de l’Israélien Ami Livne, Ini Avan, du Sri-Lankais Asoka Handagama, ou La Vierge les coptes et moi, de Namir Abdel Messeeh, en valent la chandelle.

Jacques Mandelbaum et Isabelle Regnier - LE MONDE

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Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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