Reda Kateb en vigile dans Qui vive de Marianne Tardieu

Publié le 17 mai 2014

Chérif est retourné vivre chez ses parents. Tout en préparant des concours pour devenir infirmier, il travaille comme vigile dans une grande surface où il ne se sent pas du tout à sa place. Ils retrouvent ses amis dont Dedah, qui organise des trafics illicites et avec lesquels il ne veut rien avoir à faire. Il rencontre Jenny dont le charme ne tarde pas à le ravir.

En 2013, Vincent Macaigne apparaissait simultanément dans des films de diverses sélections à Cannes et où il a été à chaque fois impressionnant : ce fut la consécration pour lui.

Ainsi en est-il cette année avec Reda Kateb qui apparaît dans trois films : Hippocrate (de Thomas Lilti, à la Semaine de la Critique), Lost River (de Ryan Gosling, à Un Certain Regard) et Qui vive (de Marianne Tardieu, à l’ACID). Il avait été révélé à Cannes en 2009 pour son inoubliable interprétation dans Un prophète de Jacques Audiard. Depuis, il a beaucoup joué, surtout durant ces dernières années, réalisant également une carrière internationale en jouant par exemple dans Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow.

Tout ceci pour souligner à quel point Marianne Tardieu a eu une brillante idée de lui offrir le premier rôle de son premier long métrage. Car c’est la figure centrale, même si les personnages de son environnement ne sont jamais négligés. Par son jeu, Reda Kateb donne le tempo du film, tout en finesse mais à la frontière de l’explosion, là où tous les choix de vie cèdent.

Marianne Tardieu réussit à parler à travers son personnage de toute une génération cherchant à s’en sortir par le travail, la famille, une ambition personnelle, une vie affective et l’amitié. Le film est à cet égard touchant de sincérité et excepté les enquêteurs, chaque personnage est traité de telle sorte qu’il s’insère parfaitement dans la communauté humaine. Le parcours de Chérif peut rappeler les personnages principaux des films de Jacques Audiard où il est également question d’hommes tentant de mener une vie sociale et affective harmonieuse tout en se confrontant à une économie parallèle illicite.

Il y a ainsi un soupçon de polar dans Qui vive, mais tout le reste est marqué par un souci de témoigner de la réalité quotidienne des personnages. Le contexte social est donné à travers la difficulté de trouver un travail correspondant à des compétences et des choix personnels. Chérif n’est pas à sa place en tant que vigile, il le sait bien et il en souffre. D’autant plus que les conditions de travail sont assez aléatoires, réalisant des journées qui dépassent un nombre décent d’heures. Mais ces droits toujours plus précaires du salarié sont une donnée de fait face auxquels le personnage ne peut lutter. Il ne lui reste qu’à maintenir ses relations sociales, affectives, amicales et familiales pour garder sa dignité et la tête hors de l’eau.

L’histoire suit dès lors le drame intérieur de ce personnage très contemporain. En ceci aussi, Marianne Tardieu signe un portrait de notre époque, en crise, mais qui gagne à se chercher. Dès lors, la réussite sociale (liens durables entre les uns et les autres) est plus précieuse qu’une réussite économique.

Cédric Lépine, Médiapart

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