Reda Kateb : « Je n’ai pas envie de me vautrer dans la célébrité »

Publié le 18 juin 2014

Présent à Cannes pour trois films, Qui Vive, Hippocrate et Lost River (de Ryan Gosling), Reda Kateb impose à 36 ans son allure singulière et stylée en haut de l’affiche, après une série de seconds rôles remarqués. Rencontre.


Ca le ferait sans doute sourire, mais Reda Kateb n’est pas loin d’être la mascotte du 67e festival de Cannes, avec trois films présentés sur la Croisette qui couvrent l’ensemble des sélections ou presque : la Semaine de la critique pour Hippocrate, l’ACID pour Qui Vive (présenté vendredi soir, le film a reçu un bel accueil) et Un Certain Regard pour Lost River, premier film très attendu de Ryan Gosling. (...)

L’Arabe de service

Aujourd’hui, c’est ce même visage si singulier qui caractérise le mieux le comédien. « Reda Kateb peut-être d’une beauté dingue », nous confie Marianne Tardieu, qui signe avec Qui Vive son premier long-métrage. « Des fois j’ai l’impression que ses yeux changent de couleur  », continue-t-elle, « ils sont très clairs mais peuvent s’assombrir subitement ». Dans Qui Vive (ou l’on retrouve aussi Adèle Exarchopoulos), Kateb joue Chérif, un trentenaire revenu vivre chez ses parents en attendant d’enfin réussir le concours d’infirmier - le métier de sa mère à la ville.

Son père, Malek-Eddine Kateb, était un comédien algérien qui a obtenu de « grands rôles au théâtre », mais a été trop souvent enfermé dans la case « Arabe de service » au cinéma, selon les mots de Reda Kateb. C’est en le suivant en tournée quand il était petit, ou en montant sur scène avec lui qu’est né le « désir de jouer », confie aussi l’acteur, qui a grandi à « l’abri de la précarité » mais « sans faste » dans un quartier ouvrier d’Ivry-sur-Seine en banlieue parisienne.

Banlieue qui est justement au cœur de Qui Vive : « Quand je regarde la banlieue je vois tout le talent gâché. Jouer dans des films qui montrent la banlieue autrement, loin des clichés du bourgeois qui fantasme sur le jeune des quartiers est essentiel pour moi », poursuit le comédien, qui vit aujourd’hui à Montreuil. « J’ai le sentiment qu’aux Etats-Unis, même si c’est un pays très violent socialement, on monte moins les gens les uns contre les autres », dit aussi Kateb, qui sait de quoi il parle : il a tourné Lost River à Detroit, ville industrielle dévastée. (...)

Marianne Tardieu confirme l’engagement de Kateb sur un tournage : « il est extrêmement sérieux et impliqué sur le plateau. Sur Qui Vive, il pouvait demander à rejouer une scène, mais aussi décider que la dernière prise était la bonne, et le plus souvent il avait raison ». Embauché dans le film comme gardien dans une grande surface de banlieue, il est vite pris en grippe par une bande d’adolescents. La tension entre Chérif (Kateb) et la bande monte, jusqu’à ce qu’il craque et s’en prenne physiquement à eux.

Sous le feu

Kateb, qui cite Harvey Keitel et Viggo Mortensen (qu’il retrouvera à l’automne à l’affiche de Loin des Hommes) parmi ses modèles, imprime à son personnage la nervosité intérieure qui le définit : « Reda est un faux calme, comme Chérif », explique Marianne Tardieu, « il est souriant, sympathique, à l’écoute des autres, mais sa capacité de transformation physique est assez menaçante ». Kateb tempère un peu mais ne dément pas : « je pète rarement un câble et si ça arrive c’est pour une bonne raison. Mais à ce moment-là il vaut mieux ne pas être sous le feu, c’est sûr », sourit l’acteur. « Cela dit, en général, j’évite les situations qui pourraient me faire perdre mon calme ». Un luxe que son personnage n’a pas dans Qui Vive, pas que plus que celui qu’il interprète dans Hippocrate. (...)

« Le personnage d’Hippocrate est quand même plus solide que le vigile de Qui Vive, il a une forme de dignité assez souveraine. C’est peut-être dû à sa profession, et je dis ça sans mépriser Chérif », relativise l’acteur. Un cardiologue, un vigile, un chauffeur de taxi, l’acteur brasse en tout cas large socialement. « Ce qui m’intéresse, c’est l’humanité spécifique à chaque personnage », résume Kateb. Une humanité à laquelle il impose joliment la sienne, brute et apaisée.

Toma Clarac, GQ Magazine

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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