Reza Serkanian face aux chaises vides du cinéma iranien

Publié le 13 mai 2011

Noces Ephémères de Réza Serkanian

A Cannes, Reza Serkanian est partout. Le jeune cinéaste iranien est au centre d’une actualité autant cinématographique que politique : jeudi 12 mai, il présentait Noces Ephémères, son premier long-métrage, en ouverture de l’Acid, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion. Le même jour, il participait à une table-ronde organisée par la Quinzaine des Réalisateurs, intitulée “Faire des films sous une dictature”, en présence de Costa-Gavras et du cinéaste syrien, Oussama Mohammed. Dans la salle, une chaise vide symbolisait l’absence du réalisateur et représentant de la nouvelle vague iranienne, Jafar Panahi, arrêté le 1er mars, avec Mohamed Rasoulof, parce que soupçonné de préparer un film hostile au régime d’Ahmadinejad. Les deux hommes ont été condamnés à 6 ans de prison et à vingt ans d’interdiction de tourner un film.Tous deux ont fait appel… et présentent un film lors de cette 64e édition du Festival de Cannes.

Il y avait d’autres chaises vides, ce jeudi 12 mai, comme l’a rappelé Costa Gavras. Le réalisateur de Z a lu un message de la comédienne principale de Noces Ephémères, Mahnaz Mohamadi, qui est avant tout réalisatrice : “Je suis une femme et une cinéaste, deux raisons suffisantes pour être coupables, dans mon pays”, écrit-elle, en expliquant qu’elle prépare un nouveau film “sur le combat des femmes pour leur identité”. “La liberté est le mot qui manque le plus à notre quotidien”. Invitée à Cannes, elle n’a “pas eu l’autorisation de quitter le territoire”. “Mais j’attends toujours, et j’ai l’espoir”. Reza Serkanian a précisé que Mahnaz Mohamadi réalise “des documentaires très engagés”. Elle a connu beaucoup de tracas avec les autorités - “on lui avait confisqué toutes ses affaires, son ordinateur”. “Maintenant, elle envoie des mails depuis son IPhone et elle attend son jugement”, a-t-il dit.

Reza Serkanian, lui, est dans une situation différente : il ne vit pas en Iran, pays qu’il a quitté en 1997 pour les Pays-Bas, avant de s’installer en France. Il est retourné dans son pays après dix ans d’absence pour tourner Noces Ephémères. Est arrivée l’élection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, et la suite que l’on connaît : les manifestations d’opposants, la répression, etc. Le jeune cinéaste a dû trancher un dilemme : que devait-il faire, rejoindre les siens dans la rue ou s’atteler à son film ? “Je me suis senti un peu bête de faire un film de fiction. Quel devait être mon rôle ? J’étais tenté de participer au mouvement”, a-t-il résumé. Il a finalement opté pour son film car « les objets d’art doivent demeurer dans ces moments extrêmes. Il faut soigner le cinéma (…) Je suis là aussi pour évoquer les autres chaises vides. Les films qui ne se font jamais, les films qui se font mais qui sont retouchés, les films qu’on ne voit pas ou que l’on montre dans un sous-sol”. Cette dernière catégorie est très en vogue actuellement, a-t-il souligné avec une pointe d’ironie.

Clarisse Fabre - LE MONDE

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Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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