Spartacus et Cassandra : des Rroms à l’ACID

Publié le 17 mai 2014

La section parallèle de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) présente des productions modestes souvent en quête de distributeurs. A l’instar de Spartacus et Cassandra, qui se penche sur le sort incertain de deux enfants rroms recueillis dans un cirque.


En plus des deux compétions (Officielle et Un Certain Regard), de la Quinzaine et de la Semaine de la Critique, le Festival de Cannes compte aussi avec l’ACID – Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion -, dont la sélection cannoise est à la hausse. L’an dernier, elle avait révélé Au Bord Du Monde, le saisissant documentaire de Claus Drexel sur les sans-abri la nuit dans Paris, mais aussi des premiers long-métrages de fiction comme La Bataille de Solférino, de Justine Triet, ou 2 automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder. On y présente cette année, entre autres, Qui vive, de Marianne Tardieu, une nouvelle réalisatrice qui ne va pas tarder à attirer l’attention avec, à son affiche, deux comédiens clairement à la hausse eux aussi, Adèle Exarchopoulos et Reda Kateb.

Leurs parents dorment dans la rue

Dans l’immédiat, c’est un documentaire fragile mais touchant entre réel et poésie qui, dans cette section, retient notre attention. Caméra à l’épaule, manifestement sans autres moyens que du temps et de la passion, Spartacus et Cassandra accompagne deux enfants rroms de 13 et 10 ans, un frère et une sœur qui s’adorent et qui se soutiennent. Et pour cause : leurs parents sont des mendiants imprévisibles qui dorment dans la rue alors que Spartacus et Cassandra, eux, ont provisoirement la chance de dormir dans un petit cirque en banlieue parisienne : ils ont été recueillis par Camille, une jeune trapéziste... Les voilà donc entre deux mondes et, à l’aube de l’adolescence, pressés de faire des choix cruciaux, peut-être impossibles si toutefois ils veulent quitter la rue sans perdre leurs parents.

Des flèches allant droit au cœur

Un genre de réalité qui dépasse la fiction et que l’on découvre ici au détour de scènes parfois très tendues où le père, qui n’arrête pas de se plaindre, menace de ruiner les espoirs de ses enfants, et de les embarquer en Espagne contre leur gré. Et cela devient cornélien : s’ils ne veulent pas entendre parler de famille d’accueil ou d’école, Spartacus et Cassandra veulent tout de même se stabiliser un peu auprès de Camille. Cette situation temporaire et angoissante, fragile, tantôt déchirante, est l’objet de ce film déconcertant, bientôt captivant bien que parfois trop versé dans la stylisation poétique et pas assez précis. Les conditions du cirque et de Camille auraient pu être un peu mieux définies.

L’ensemble ne reste pas moins émouvant dans ce monde qui, lui-même, a tout d’un cirque étourdissant. Ce sont des instants éphémères, tour à tour joyeux et éprouvants, décisifs pour ces deux gamins, qui nous parviennent ici comme des flèches allant droit au cœur. « Je vois mes parents toujours dans la merde » s’indigne Spartacus en voix-off, comme coupable de saisir une occasion de prolonger un peu son enfance. « Parfois le paradis me dégoûte. »

Alexis Campion, JDD.fr

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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