Sur la plage de Belfast

Un film de Henri-François Imbert

France - 1996 - 40 min -

Scénario : Henri-François Imbert

Son : Henri-François Imbert
Montage : Marianne Rigaud
Musique : Sylvain Vanot

Par un jeu de hasards, le réalisateur s'est trouvé en possession d'un film Super 8 resté inachevé dans une caméra offerte par son amie de retour d'un voyage à Belfast. Le film montre une famille inconnue s'amusant au bord d'une plage. Grâce à une expertise des laboratoires Kodak, il découvre qu'il date d'une douzaine d'années et décide de se rendre en Irlande du Nord pour retrouver ces gens et leur rendre le film.


La plage révélée.

Souvent je pense, et recherche cette émotion que nous a livrée l’invention de la photographie et nous donne le Polaroïd, émotion du révélateur. Emotion sensuelle de la représentation désirée, apparition progressive, déshabillage inversé plus sensuel que le vulgaire strip. Sur la plage de Belfast participe de ce plaisir. Il y participe comme si le cinéma avait retrouvé son innocence, sa proximité avec ses origines. En effet le film fonctionne sur cette idée extrêmement active, derrière les images du film retrouvé, il y a des corps de chair des lieux qui ont une existence dans la géographie. Le film fonctionne sur la recherche de la preuve, machine à fiction qui nous rappelle que, depuis les frères Lumières, le réel est le moteur de la fiction cinématographique. Sur la plage de Belfast nous livre une autre émotion des origines de l’art cinématographique : celle du temps qui passe. Le cinéma est un art mélancolique qui inscrit la conscience de la perte du présent. Il y a une profonde jubilation mélancolique à découvrir ces corps qui dix ans plus tôt jouaient, en toute innocence de l’objet de fiction qu’ils allaient devenir, sur une plage de Belfast. Le temps est aussi inscrit par la mort, mais pas d’un des personnages qui barbotent sur la plage, mais de celui qui filmait nous rappelant ainsi que si les êtres étaient mortels, leur représentation lutte contre l’idée même de la mort. Si le film de vacances est le degré zéro de l’écriture cinématographique, Sur la plage de Belfast en partant de ce dispositif minimum nous livre des fondements anthropologiques de l’art cinématographique.
Sur la plage de Belfast est le film qui aurait dû être diffusé pour le 2ème siècle du cinéma, car il produit le plaisir unique d’avoir le sentiment de vivre la naissance du cinéma et la certitude de découvrir un auteur.

Jean-Henri ROGER, cinéaste

Les Films


Production

Libre cours





© 2011 L’acid - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion | réalisation site : quidam.fr