The Other Side of Sleep, Goodnight Nobody et Take Shelter

Publié le 31 mai 2011

Marion Haudebourg, Grand écart

Sleepless in Cannes

Goodnight Nobody, de Jacqueline Zund. Dans la ville qui voudrait ne dormir jamais, mais qui dort un peu pendant les films quand même, on a pu voir dans cette quinzaine trois films qui abordent de près ou de loin le sommeil et sa propension à pervertir notre rapport à la réalité, dans trois sélections différentes (Acid, Semaine de la critique, Quinzaine des réalisateurs). Trois sommeils perturbés : somnambulisme dans The Other Side of Sleep, insomnie dans Goodnight Nobody et cauchemars dans Take Shelter. Trois formes aussi. Si Goodnight Nobody a choisi le documentaire, The Other Side of Sleep navigue entre conscience et inconscience et Take Shelter prend le parti de la terreur paranoïaque. Bref, pour résumer, bienheureux sont les bons coucheurs.

Bien que n’étant pas à proprement parler des thrillers, ces deux derniers films – de fiction, donc – donnent tout de même une vision du sommeil un brin inquiétante. Dans The Other Side of Sleep, Arlene se réveille de temps à autre en dehors de chez elle, incapable de savoir ce qu’elle a fait de sa nuit. Jusqu’à ce qu’elle se réveille aux côtés d’une jeune fille. Morte. Est-elle responsable de cette mort ? Que s’est-il passé ? Assez vite cependant, ce n’est pas la question. Ce qui intéresse Rebecca Daly, la réalisatrice, c’est l’état dans lequel cet événement tragique qui fait la une des journaux locaux plonge la jeune femme. Entre culpabilité, angoisse et quête de soi, elle décide donc de ne plus dormir. Seulement, là où cela aurait pu être lynchien, c’est surtout flou, confus et inabouti.

Pour Take Shelter, c’est aussi l’angoisse qui prend le dessus. Chaque nuit, Curtis rêve d’une tornade toxique, qui dévaste tout, et surtout rend agressif – son chien comme d’étranges personnages qui en veulent soudain à sa fille. Et ça tourne à l’obsession, même s’il joue sur les deux tableaux : soit il devient, comme sa mère, schizophrène, et il s’agirait de se soigner avant qu’il ne soit trop tard ; soit il a raison, une tornade destructrice va bien avoir lieu, et il s’agirait de s’y préparer. Il voit donc des psys tout en retapant un abri anti-tornade. Pas con. On sait jamais. Récompensé à la Semaine de la critique par le prix de la SACD et le Grand Prix, Jeff Nichols signe un film anxiogène, une montée en puissance vers la paranoïa plutôt efficace en plus d’être esthétique. Et s’appuie beaucoup sur l’imposant physique de Michael Shannon pour mieux montrer sa fragilité. Dommage cependant que l’on pense parfois plus à Phénomènes de M. Night Shyamalan qu’au délire de George et son abri anti-atomique dans Six Feet Under, sommet du genre. Take Shelter met tant de temps à installer par petites touches une ambiance – un climat pour le coup – qu’on regrette de le voir résoudre si facilement les névroses de son personnage principal.

A côté de Curtis et Arlene, les insomniaques de Goodnight Nobody feraient presque rêver. Le documentaire paraît étrangement paisible, plongeant dans le calme des nuits de ces personnages, comme veilleurs d’un monde endormi. Témoins chuchotant leur lassitude et leurs rituels pour tuer ce temps inutile. Comme si leur parole, voire leur vie même ne pouvait être qu’effacée, tamisée. Dans l’ombre. Le monde de la nuit n’a pas ici le sens qu’on lui donne habituellement, surtout à Cannes. Ici tout est vide et inanimé. Fixe. Seuls existent le silence et l’ennui.

Éditions précédentes

Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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