Thomas

Un film de Miika Soini

Programmation ACID
Cannes 2009

Finlande - 2008 - 73 min - Couleur - 35mm

Scénario : Miika Soini
Image : Daniel Lindholm
Son : Kimmo Vantinnen
Montage : Jerem Tonteri
Musique : Lasse Entersen

Avec :
Lasse Pöysti, Pentti Siimes, Eila Halonen, Marja-Leena Kouki, Aarre Karen, Tuomo Mutru

Thomas est un vieux monsieur qui mène une vie paisible et solitaire. Et si cette tranquillité n'était qu'une apparence ? Au détour d'une drôle de rencontre dans un jardin public, il va devoir affronter son passé. Thomas is an old man living a peaceful life. But what if this quiet life was only a pretence? After a strange meeting in a public garden, he is forced to face his past...


Ce qui est remarquable dans ce film en est l’économie générale, décidée à tous les niveaux de la mise en scène, et qui donne à ce conte de la vieillesse les qualités de l’épure. Si l’influence du grand maître finlandais Aki Kaurismaki saute aux yeux, c’est pour le meilleur, car elle nous ouvre la porte d’une maison que nous connaissons bien et que nous aimons, et ne saurait se résumer à une allégeance stylistique. Il ne serait pas judicieux de révéler où nous amène ce conte, car il faut faire l’expérience du temps et des détours qu’il prend pour nous faire exploser à l’âme quelques-unes des questions essentielles auxquelles nous préférons habituellement ne pas penser. Et puis il y a pour leur donner un visage et une voix cette incarnation formidable de Lasse Pöysti, d’une rare économie justement, lui-même entouré de personnages non moins excellemment dessinés. Un premier film mais du grand cinéma, profond, subtil, et parfaitement modeste, assez apte en fait à nous rendre meilleurs. Philippe Fernandez, cinéaste, membre de l’ACID. Juste derrière le rideau, si près et pourtant déjà si loin, il y a Thomas. Je l’ai tout de suite aimé comme un ami avec lequel on chemine mais qu’on oublie parfois de regarder tant il nous interroge. Je l’ai aimé pour ses renoncements, ses plaies, ses bosses, sa vieillesse. Parce qu’il est beau, courageux, qu’il nous raconte simplement, sans frayeur, avec une singulière élégance, l’immuabilité des souvenirs, la force de l’amour, les combats perdus, le temps qui passe.

Beatrice CHAMPANIER, cinéaste.

Selon Aristophane, l’amour ne serait rien d’autre que le sentiment de nostalgie de notre ancienne nature et une quête de l’unité perdue. L’union des êtres incarnerait ainsi une tentative de retrouver le chaînon manquant à travers la recherche de l’âme soeur. Une telle recherche de cette unité est sans fin. Dès lors comment faire pour Thomas, lorsque l’on est médecin et que pour des raisons certainement très importantes on a aidé sa propre femme à passer de l’autre côté ? Comment faire pour occuper un journalier immanquablement oppressant ? Comment faire pour remplacer les parties d’échecs d’avec son frère, après la mort subite de celui-ci ? Jouer seul, contre soi-même ? Thomas abandonne. Donner suite à la rencontre d’une autre solitude sur un banc public ? Le masque de Thomas enserre le silence profond de cet homme. Pour recréer l’Union, un sourire viendra se gravera sur son visage et dans sa chair, pour Thomas il n’y aura que la mort, une mort au-delà de la mort peut-être, puisque avec l’image de sa femme dans les mains, pas d’autres alternatives. Les images de ce film avancent, s’imbriquant l’une dans l’autre, s’enchaînent, précises et silencieuses, le faisant avancer au-delà et par-delà le dialogue, ce qui devient rare. Ce film nous envahit au travers de sa sobriété et d’une présence exemplaires des personnages.

Jean JEANNERET, cinéaste.

Les Films


Production

Silva Mysterium LTD





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