Trois nouveaux films engagés qui nous viennent d’Israël

Publié le 22 mai 2012

L’essor du cinéma israélien et sa reconnaissance internationale depuis une dizaine d’années ont en quelque sorte naturalisé la présence régulière de cette cinématographie au plus haut niveau des hiérarchies, et parfois même des palmarès festivaliers.

Ce n’est pas le cas cette année à Cannes, où aucun long-métrage de ce pays ne figure en Sélection officielle, et pas davantage à la Quinzaine des réalisateurs. Toutefois, trois films se sont de nouveau frayé un chemin jusqu’au sanctuaire de la Croisette ; l’un à la Semaine de la critique (Les Voisins de Dieu, de Meni Yaesh) ; les deux autres à l’ACID (Room 514, de Sharon Bar-Ziv, et Sharqiya, d’Ami Livne).

Ces trois films - tous des premiers longs-métrages - ne dérogent pas à l’ordinaire distorsion de la perspective qui émane de cette production. Ils donnent d’abord, par leur visibilité, l’impression qu’Israël est un très grand pays. Ils laissent à penser ensuite, en vertu du réel engagement politique et civique dont témoignent les films qui s’exportent, que ce même pays est dominé par un vaste mouvement progressiste et pacifique. Que cela ne soit pas le cas n’empêche nullement d’apprécier ce cinéma à sa juste valeur esthétique, et inciterait peut-être même davantage à en apprécier le courage.

Déchaînement pulsionnel

Pris un à un, ces trois films rentrent dans cette épure. Additionnés, ils couvrent le spectre des maux qui taraudent la société israélienne : la montée en puissance de la religion dans la société civile, la sacralisation institutionnelle de l’armée, la politique menée dans les territoires palestiniens, le rapport à la population arabe du pays.

Les Voisins de Dieu est signé par un réalisateur de 32 ans, Meni Yaesh. Son film se déroule à Bat Yam, une ville populaire du sud de Tel-Aviv, où le melting-potisraélien est le plus prononcé. Trois jeunes hommes et amis, membres de fraîche date d’une communauté hassidique, y développent dans leur enthousiasme de néophytes une tendance à confondre la loi biblique avec celle de la rue.

Entre déchaînement pulsionnel à la Scorsese et traité d’édification morale, ce film assez étrange alerte sur le danger d’épanchement du sacré dans le profane, tout en se gardant de mettre en cause ce qui, dans l’orthopraxie juive, légitime justement l’expansion du domaine de la Loi. Vaste débat.

Room 514, de Sharon Bar-Ziv, 46 ans, invite à un tout autre genre d’exercice : un film de commission d’enquête dans la plus grande tradition démocratique du cinéma hollywoodien, mis en scène sous la forme d’un huis clos minimaliste. Anna, une jeune officier d’origine russe croyant en la justice de son pays, s’emploie à y faire craquer les membres d’un bataillon d’élite de l’armée, soupçonnés de s’être livrés à des exactions sur des civils palestiniens dans les territoires occupés. Là encore, le film ouvre un débat, dans la mesure où sa morale très amère n’empêchera aucun spectateur normalement constitué de tuer père et mère pour être bousculé par un officier disposant d’une telle plastique.

A tout prendre, Sharqiya, d’Ami Livne, 37 ans, nous semble le plus juste et émouvant des trois. Le plus épuré et poétique aussi. L’histoire de Kamel, un Bédouin d’Israël qui vit misérablement, en zone semi-désertique, dans une cabane en tôle aux côtés de son frère et de sa belle-sœur. Kamel gagne sa vie comme agent de sécurité dans le centre commercial de la ville la plus proche.

Un beau matin, les autorités lui signifient que son habitation, illégale, va être détruite. Kamel, récupérateur hors pair, fomente alors un faux attentat à la bombe pour attirer l’attention sur son sort. Une fable laconique, au réalisme tranchant et à la beauté fantomatique, qui oppose à la violence expropriatrice des tractopelles l’indestructible légitimité du paria.

Jacques Mandelbaum - LE MONDE

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Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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