Un double portrait captivant

Publié le 17 juin 2014

Le double portrait captivant de deux enfants roms, Spartacus et Cassandra, tiraillés entre des parents qui vivent dans la rue et un havre de paix qui s’offre à eux.


L’argument : Deux enfants rroms sont recueillis par une jeune trapéziste dans un chapiteau à la périphérie de Paris. Un havre de paix fragile pour ce frère et sa sœur de 13 et 10 ans, déchirés entre le nouveau destin qui s’offre à eux, et leurs parents vivant dans la rue.

Notre avis : « A un an je marchais…à trois ans mon père était en prison…à quatre ans, je faisais la manche avec ma sœur…à sept ans je suis arrivé en France…à neuf ans j’ai rencontré Camille…à treize ans on m’a fait quitter mon père ». On entend ces phrases prononcées en voix off, par un jeune garçon au générique du documentaire Spartacus & Cassandra. Et très vite nous retrouvons Spartacus, un gamin rrom de treize ans, et sa sœur cadette, Cassandra, âgée de dix ans, sous le chapiteau d’un petit cirque qui s’est implanté dans un bidonville rrom du « 93 ».
Comme tous les enfants, ils jouent au ballon, marchent sur un fil, s’amusent, rient d’un rien. Ils semblent heureux. On apprend qu’ils sont là comme dans une sorte d’Arche de Noé. Le cirque est leur lieu de vie. Ils ont rencontré ici, une jeune trapéziste de 21 ans, Camille, qui les a pris sous sa protection depuis quatre ans.

Mais protégés pourquoi ? En fait, Spartacus et Cassandra ont des parents rroms qui se sont révélés, pour la justice française, dans l’incapacité d’assumer leur rôle. Le juge des enfants a décidé de les placer dans une famille d’accueil.
Caméra à l’épaule, le réalisateur Ioanis Nuguet, suit ces enfants et les filme d’abord dans les houleux rapports et confrontations qu’ils ont avec des parents certes aimants mais improbables. On comprend rapidement pourquoi Spartacus et Cassandra sont, en fait, en charge de leurs parents...
Le père alcoolique et violent veut garder ses enfants, et n’accepte pas qu’ils soient recueillis par une famille d’accueil. Pour cela il veut, avec sa femme et ses enfants, quitter la France, « ce pays de merde » pour un Eldorado : l’Espagne. La mère, que Spartacus dit « folle », et qui est brutalisée en permanence par son mari, caresse, elle, le rêve de repartir en Roumanie.

Ce documentaire nous plonge dans l’univers douloureux d’enfants rroms, écartelés entre un havre de paix qu’est le petit monde d’un cirque et la rue où leurs parents vivent du côté de Saint-Germain-des-Prés. Le cinéaste nous montre Spartacus et sa petite sœur se débattre entre la justice française, qui a demandé à l’Aide Sociale pour l’Enfance de les prendre en charge, sous la protection de Camille, et leurs parents plongés dans le monde de la rue et la communauté des Roms, imprégnée par la religion pentecôtiste.
Spartacus exprime fort bien ces contradictions et ce dilemme lorsqu’il dit en voix off « Je vois toujours mes parents dans la merde ». Et d’ajouter « Parfois le paradis me dégoute ». D’ailleurs il pense ne « pas mériter ce bonheur » que Camille offre à sa sœur et lui, en les hébergeant dans une caravane, et ensuite dans une maison en banlieue - alors que leurs parents mendient, végètent et dorment dans la rue.

Ce double portrait réaliste et poétique d’un frère et d’une sœur qui s’adorent est une belle réussite. Spartacus est un jeune garçon pré-adolescent qui joue beaucoup de son regard insondable et malicieux. Il a compris qu’il serait tout seul pour sauver sa peau. Il est espiègle mais cela ne semble pas aller plus loin, même s’il reconnait avoir volé des autoradios à l’âge de dix ans…
Savoureuse, à ce sujet, la scène où la principale du collège lui fait ainsi remarquer que sa moyenne générale est de « 3,59 », mais qu’il passera quand même en classe de quatrième. Spartacus semble penser à ce moment là qu’il s’en sortira toujours… Cassandra est plus sage, plus posée.

Film engagé, au ton très libre et traitant d’un sujet sensible, Spartacus & Cassandra n’élude rien des réalités avec lesquelles nous sommes confrontés tous les jours, notamment dans les grandes villes. Pour autant il ne se veut ni un film à thèse, ni un film jouant sur le sentimentalisme et sur le misérabilisme. Ce documentaire « coup de poing » n’a, de plus, rien de désespéré, même si on en sort un peu assommé. La fin du documentaire est à ce sujet éloquente. Les parents ne se supportant plus appellent leurs enfants au secours, par téléphone. Spartacus et Cassandra accourent une fois encore près d’eux, mais ils sont pourtant bien décidés à rester avec Camille pour redevenir des enfants...

Jean-Claude Arrougé, Avoir-alire.com

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