Un Petit cas de conscience

Un film de Marie-Claude Treilhou

FRANCE - 2002 - 95 min - Couleur - 35mm

Sortie : 25 décembre 2002

Scénario : Marie-Claude Treilhou
Image : Pierre Stoeber
Son : Yves Zlotnicka
Montage : Kadicha Bariha et Bernadette Cellier
Musique : Yves Zlotnicka

Avec :
Ingrid Bourgouin, Dominique Cabrera, Claire Simon, Marie-Claude Treilhou, André Van In, Alain Guiraudie

Un clan de vieilles copines ( qui vont aborder la cinquantaine avec beaucoup d'enfance encore) se prend les pieds dans un tapis d'un fait divers : deux d'entre elles, qui vivent ensemble, sont victimes d'un cambriolage dans leur maison de campagne. Le scénario suit l'investigation et les commentaires des différents protagonistes, conduit comme une enquête sauvage, avec le suspense de rigueur pour n'aboutir qu'à un vertige : où est la vérité, et surtout quelle est la juste cause ? Puisque chaque conduite, chaque point de vue, pavé de bonnes intentions , a son enfer de cohérence. L'événement fait exploser des sensibilités déjà exacerbées par des options de vie et des choix politiques différents, des jalousies peut-être, l'usure du temps…


PAROLE DE CINÉASTE

Marie-Claude Treilhou possède l’art et la manière d’une moraliste échappée du 17ème siècle. Ainsi, elle se plaît à dénoncer les apparences de la vertu et tout le jeu des forces qui sont censées la gouverner. Un Petit cas de conscience ironise sur une génération où les belles âmes (fortes de leur passé révolutionnaire) se pensent irréprochables, où l’humanisme de gauche ne parvient pas toujours à composer avec des acquis « bourgeois ». Ce passé est désormais derrière les personnages et ce sont les biens matériels autrefois méprisés qui les possèdent, même si tous s’en défendent en affichant leur lucidité (je ne suis pas dupe de moi-même). Il suffira pourtant d’un vol dérisoire dans une maison de campagne pour que se révèlent ces travers jusque-là cachés. On se défend d’être devenu cela, on blâme l’ami, qui a bien changé, on se soupçonne, on se ment, mais l’on reste inséparables. C’est cruel, juste et malicieux parce que l’auteur(e) s’inclut elle-même dans la critique, parce qu’elle sait rire à ses dépens comme il se doit pour qu’une telle entreprise réussisse. Plus le film se déroule et plus s’installe la certitude d’être en présence de quelque chose d’unique, d’imprévisible. Un film libre et à l’écart de tout comme le sont les acteurs qui l’habitent. Marie-Claude Treilhou, Dominique Cabrera, Claire Simon et Alain Guiraudie sont tous cinéastes. Ce qui est sûr, c’est le naturel absolu avec lequel ils incarnent leurs personnages. On ne sait plus si ce sont eux qui se sont emparés de cette langue que parle le film ou si c’est cette langue qui les a possédés. Dans les deux cas, on sent un plaisir de la phrase, une jubilation de la prononciation que l’on pensait perdue. Ils parviennent à faire croire à ce qu’ils disent et cela malgré les artifices d’un parler très écrit, très éloigné d’un nouvel académisme pseudo-naturaliste. Dans ce film la parole est mise en image et l’image est mise en parole car Marie-Claude Treilhou a su trouver des corps pour pénétrer dans le corps d’un texte écrit avec une agilité et une intelligence rare. Tout cela sonne comme une réponse discrète au bruit et à la vitesse qui rendent sourd et aveugle. Un petit cas de conscience nous offre une partie de plaisir cinématographique, de celles où la balle a si bien été renvoyée qu’on a soi-même le sentiment d’avoir bien joué.

Charles CASTELLA, cinéaste

Les Films


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