Vingt ans et toutes ses dents pour l’Acid

Publié le 2 mai 2012

La dernière section en date de Festival de Cannes n’est en rien inférieure aux autres. La preuve par la sélection de l’an dernier. Et rendez-vous bientôt sur la Croisette.

L’Acid n’est pas une section parmi d’autres du Festival de Cannes. D’abord, elle est le vrai reflet d’une organisation, l’Association du cinéma français pour sa diffusion, là ou la Quinzaine des réalisateurs, par exemple, n’a jamais été confiée à un réalisateur, ces derniers ayant décidé dès la fondation, ce que l’on peut comprendre, qu’ils n’étaient pas là pour juger leurs pairs.

Ensuite, l’organisation ne fonctionne qu’au coup de cœur, pas tant au niveau de la sélection puisqu’y a de toute façon davantage de prétendants que d’élus et qu’il faut donc bien faire un tri, ce qui est vrai de toutes les sections, mais parce que les réalisateurs ne se contentent pas d’émettre leur verdict, laissant la suite des événements aux mains du commerce, s’engageant au contraire à suivre au fil de l’an leurs décisions. Cela va de l’engagement à écrire eux-mêmes un texte pour le catalogue jusqu’à accompagner le film au long de sa carrière.
Enfin, il s’agit à l’Acid de montrer le meilleur, et pas uniquement le meilleur parmi les nouveautés absolues. Conséquence, l’Acid ne figure pas statutairement au nombre des sections parallèles du Festival de Cannes. Mais, étant une section parallèle aux parallèles, elle bénéficie d’une liberté absolue d’exposer ses choix, y compris des titres que personne n’a vus, soit parce qu’ils ont été présentés uniquement aux rencontres d’un obscur point du globe où personne ne se trouvait, soit parce qu’ils étaient, disons à tout hasard, à Berlin, mais dans un lot hors compétition un lundi matin ; ce qui a pour conséquence que, s’ils ont été effectivement montrés ailleurs, ils n’ont pas pour autant été vus. Donc, bienvenue à l’Acid et hourra pour son vingtième anniversaire, tant pour l’amour du cinéma dont témoigne l’existence de cette section que pour son utilité, cette présentation sur la Croisette donnant une vraie visibilité aux œuvres.
Qu’on se souvienne de l’édition 2011. C’est là que nous avions découvert Les Vieux Chats , le touchant film chilien de Pedro Peirano et Sebastian Silva, dont nous avons enfin pu dire à l’occasion de sa sortie, mercredi dernier, tout le bien que nous pensions. Il en va de même avec Noces éphémères , de Reza Serkanian, sur la vie de femmes iraniennes, sorti le 9 novembre. Ou de Black Blood , de Miaoyan Zhang, sortie le 23 novembre, qui décrivait dans un scope noir et blanc sublime le sort de paysans chinois contraints pour survivre de vendre leur sang dans des conditions précaires sur le plan sanitaire, pour nous un des chocs absolus de Cannes l’an dernier toutes sections confondues. Ou de Palazzo delle aquile , ce formidable documentaire italien tourné au jour le jour par Stefano Savona, Alessia Porto et Ester Sparatore, sur les sans-abri occupant dans la récolte la mairie de Palerme. Ou, autre choc, les trois heures de la cinquième et dernière partie, Mafrouza , d’Emmanuelle Demoris.

Nul doute que la nouvelle sélection de l’Acid qui vient d’être annoncée (www.lacid.org) ne nous révèle les mêmes promesses.

Jean Roy - L’HUMANITÉ

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Retrouvez dans cette rubrique les films présentés dans le cadre de la programmation ACID à Cannes, depuis ses débuts en 1993.

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